27 novembre 2009
Les marques et modifications corporelles
Combien de fois ai-je vu une Soumise qui contemplait, avec fierté, les marques du fouet sur ses fesses ou bien la trace des cordes gravées dans ses chairs ? Cette fierté là, m’a amené à m’interroger sur son pourquoi.
Je pense que les modifications corporelles participent au processus de construction de la personnalité par un mécanisme de reconnaissance. Aucune Soumise n’acceptera de souffrir par la main d’un inconnu (en dehors du contexte maso), car Les douleurs endurées ne le sont jamais uniquement pour soi mais aussi et peut être avant tout pour l’Autre. Seul le regard du Maitre est capable de donner un sens positif à l’épreuve endurée. Ainsi ces marques s’adressent donc autant à la Soumise qui les porte qu’à son Maitre. Elles sont l’attestation de l’engagement dans la relation et de l’authenticité de l’épreuve. La marque véritable « travail » sur soi (de la part de celui qui la reçoit mais aussi de la part de celui qui l’inflige), offerte à l’autre (dans les deux sens, il s’agit ici aussi bien de la porter que de l’imposer) vise bien la reconnaissance mutuelle.
Mais le rôle des modifications corporelles est plus large. Un piercing ou un tatouage par leurs sens, ou leurs positions sur le corps sont aussi une affirmation identitaire forte, qui s’inscrivent par leur nature dans la durée d’autant que pour le second la marche arrière est presque impossible. Ces marques là rappellent à la Soumise qu’elle est passée de l’autre côté, du côté de ceux qui ont franchi un cap, qui ont osé être eux-mêmes et reconnus en tant que tels.
Etre eux-mêmes, c'est-à-dire aussi et surtout dépasser une dualité étouffante imposée par la société. Elles attestent de l’entrée de la Soumise dans un monde ou les statuts des uns et des autres ne sont plus imposés par la société mais au contraire choisi. Elles sont le symbole de l’affranchissement du normatif voulu par la société (« ce que doit être » un individu ) et l’affirmation de soi. C'est-à-dire qu’elles autorisent l’harmonie entre ce que la Soumise ressent qu’elle est et ce qu’elle veut être et la manière dont les autres la perçoivent. C’est la cohérence identitaire qui autorise des lors sa propre construction, libérée d’un normatif dans lequel la Soumise ne se reconnaissait pas.
Bien loin d’être un avilissement, les modifications corporelles engendrent une naissance symbolique. La Soumise accède, avec fierté, à une cohérence de soi, non duelle, que les modifications corporelles viennent inscrire sur son corps. Mais encore une fois, cette cohérence identitaire ne peut se construire que dans le rapport avec son Maitre. Dans cette optique, le Maitre est bien moins une souffrance que celui qui permet la naissance, à renouveler ou à confirmer continuellement.
17 novembre 2009
Vêtements & BDSM
La pratique BDSM implique de manière systématique des tenues qui à l’analyse dépasse le simple aspect érotique. Le fait de revêtir cuir, latex ou de se présenter nu portant bracelets de cuir produit une rupture avec le quotidien, passage du conventionnel à une forme de liberté qui affirme la volonté d’aller au-delà des interdits. Mais plus que dans tout autre relation sexuelle, endosser tel ou tel costume n’est pas uniquement entrer dans un rôle spécifique, c’est aussi et surtout se mettre en scène et révéler une aspiration profonde. Il ne s’agit pas de jouer à être ce que nous ne sommes pas mais bien à révéler ce que nous sommes au plus profond de nous.
Le vêtement – ou sa nudité - devient une forme d’émancipation de la personne en lui permettant d’être lui-même, plus qu’à n’importe quel autre moment de sa vie. Ce que l’individu a rêvé, fantasmé peut se réaliser au delà du corps. Le sexe, et ce qu’il implique, ne dépend plus du corps mais du costume.
Au-delà du champ de liberté que cela révèle, il apparait une fois de plus que BDSM et construction identitaire sont étroitement liés. En prolongeant cette réflexion, je m’interrogerais dans un prochain billet sur le rôle et l’importance des marques corporelles qu’elles soient marques du fouet, tatouages ou bien piercing.
10 novembre 2009
Histoire de L (Partie VI)
Elle se réveille tout doucement, juste un peu meurtrie par les barreaux et l’acier de ses chaines, elle s’étire, merveilleusement bien, apaisée et reposée comme elle ne l’a pas été depuis bien longtemps. Elle est heureuse, heureuse et amoureuse. Le donjon est silencieux, des questions viennent à son esprit : Combien de temps a-t-elle dormie ? quelle
heure est il ? fait-il jour ? Que va-t-il se passer maintenant ? Des questions, encore des questions, que d’un coup elle balaye de son esprit : « Ces questions n’ont plus aucun sens, je suis a lui, je suis son Esclave, il dispose, de mon cœur, de mon esprit, de mon corps. Lui seul décide désormais … », L’air frais inonde ses poumons, sensation de légèreté et de liberté. Paradoxe de sa condition. Envie de rester là, dans cette cage, dans cette bulle protectrice, ainsi entravée, aussi longtemps que Lui le désire, y passer une journée, une semaine ou plus…. Ne plus penser à rien, être Esclave, son Esclave vivante et libérée de ses démons.
Elle se perd dans ses pensées, ses doigts effleurent le tatouage sur son pubis, courent sur ses lèvres alourdies par le cadenas, caressent ses anneaux, s’insinuent dans son sexe qui s’humidifie puis viennent jouer, de plus en plus vite, avec son bouton qui gonfle sous le désir. Sa respiration s’accélère. Les images de la journée d’hier défilent, les émotions vécues l’envahissent à nouveau et l’emportent. Elle s’électrise, se raidie, et s’effondre sous la force de l’orgasme. …Quelques minutes ; le temps de reprendre ses esprits et toujours cette envie. Cette envie de vie. Cette envie d’un esclavage total et sans retour. Oui, toujours plus, toujours plus loin… Elle rêve de cette marque d’appartenance qui est la plus forte à ses yeux : l’offrande de sa chevelure. L’image de la féminité, de sa féminité, cette chevelure qui l’incarne au mieux : « Un immense sacrifice - pense t’elle avec envie - une réelle preuve d’appartenance, d’abnégation »...Elle perd pied à nouveau, s’engloutissant avec délice dans son monde d’Esclave, si souvent rêvé devenu enfin réalité.
A suivre
03 novembre 2009
Du présent

Abuse du présent. Laisse le futur aux rêveurs et le passé aux morts.
Félix Leclerc
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